RACKHAM (A.)


RACKHAM (A.)
RACKHAM (A.)

RACKHAM ARTHUR (1867-1939)

Né à Lewisham, en Angleterre, Rackham suit les cours du soir de l’école d’art de Lambeth en gagnant sa vie dans le journalisme illustré qu’il abandonne dès que sa formation longue et ardue lui permet d’exprimer son talent d’illustrateur. Le tournant décisif de sa carrière se situe en 1900, année où il rencontre sa future femme, artiste sensible qui l’aide par son sens critique pertinent et le pousse à suivre son imagination fantastique; il exécute alors des dessins en noir et blanc pour les contes de Grimm dont la diffusion européenne est immédiate, mais ce sont ses cinquante et une planches en couleurs pour la légende de Rip Van Winkle (1905) qui le consacrent comme illustrateur prépondérant de l’ère édouardienne: avec cette œuvre s’affirme son attirance pour les forêts où les arbres grimacent et se déforment, univers primitif habité de tout un peuple inquiétant de gnomes à l’affût des êtres humains égarés. Rackham est aussitôt pressenti pour mettre en images Peter Pan (1906), conte de J. M. Barrie. Sa suite éblouissante de cinquante planches au graphisme délicat dévoile magistralement le sens de l’histoire: l’inspiration de l’illustrateur est tour à tour narquoise — dans l’évocation de la marchande emportée par ses ballons —, tendre — l’inoubliable vol du bébé Peter Pan au-dessus des fumées de Londres —, humoristique — c’est la promenade du roi dans les jardins de Kensington alors que dans les racines des arbres se prépare la magie nocturne... La virtuosité de la ligne, le goût des contrastes, la juxtaposition d’éléments familiers et fantastiques se conjuguent chez Rackham en des compositions très personnelles. Il peut désormais se permettre de choisir ses textes et il relève le pari d’illustrer Alice’s Adventures in Wonderland (1907) dont le copyright arrive à expiration. L’héritage de Tenniel est particulièrement lourd à assumer, mais Rackham prend le parti de créer une Alice merveilleusement à l’aise et vivante au milieu d’un bestiaire fantastique: l’atmosphère en est d’autant plus insolite. Dans Ondine (1909), texte romantique allemand de La Motte-Fouqué, on est sous le charme de l’imagination baroque de Rackham : les lignes sinueuses, exubérantes des arbres, des vagues, des cheveux se fondent organiquement en un paysage au charme maléfique. Rackham va encore plus loin dans le registre délirant avec ses illustrations pour Comus (1921) de Milton, Poe’s Tales of Mystery (1935) ou Goblin Market (1933) de Christina Rossetti: à la fin de sa vie, sa puissance visionnaire engendre le monstrueux et le morbide, il n’adoucit plus ces mondes où l’homme torturé, au bord de l’évanouissement, est aux prises avec des créatures infernales. Pourtant, ce n’est pas dans les créations chargées et cauchemardesques qu’il touche le plus son public: il n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’il s’impose une économie de moyens, comme dans Cinderella et The Sleeping Beauty (1920, livres traduits et parus à Paris chez Hachette la même année), ravissantes féeries sur des thèmes de Perrault qu’il traite en silhouettes noires déliées caracolant sur la page blanche, témoignant de son extraordinaire sens de la ligne. Little Brother, Little Sister (1917), autre volume de contes de Grimm, est riche de planches et de dessins émouvants par la simplicité du propos: l’image qui représente la petite servante pieds nus, vêtue d’une robe de papier journal, balayant la neige devant la maison des nains et découvrant des fraises, est d’une poésie sans artifice; dans une palette de tons blancs bleutés, gris et ocres, Rackham évoque une fin d’après-midi d’hiver où seules éclatent les touches vives des bonnets rouges des nains que répètent celles des fraises, en écho modeste. Le surnaturel émerge de la vraisemblance.

Sa popularité n’entame pas le processus de déclin du livre de luxe en Europe. C’est l’Amérique (il a rencontré son public américain en 1927, lors d’un voyage où il est triomphalement reçu) qui le reconnaît une dernière fois et lui commandant l’illustration de The Wind in the Willows , beau conte animalier de Kenneth Grahame, déjà illustré avec succès par Ernest Shepard. Dans une approche du texte complètement différente, Rackham jette une dernière étincelle en conjuguant la qualité formelle de la composition avec l’originalité de l’inspiration. Un des meilleurs exemples en est donné par la scène ironique « Onion-Sauce!», le crayon modelant le contraste entre les lapins peureux et la taupe sarcastique et sombre. Le talent animalier de Rackham était déjà éclatant dans les Fables d’Ésope , Peter Pan ou Alice : avec ce livre qui paraît en 1940, après sa mort, l’illustrateur confirme son aptitude à entrer dans les textes mystérieux et humoristiques à l’usage de l’enfance.

Dans la couleur aussi Rackham est un maître: ayant très tôt compris l’importance de la reproduction des couleurs par la tri- puis par la quadrichromie qui rend possible la plus grande fidélité dans le rendu des nuances, il peut se livrer, à l’instar des maîtres du XVIe siècle, à la rare technique consistant à appliquer des couches successives de couleurs transparentes. Ses coloris subtils, jouant d’une gamme réduite, expriment idéalement la mélancolie des landes d’automne, les reflets des mares troubles, l’opacité des forêts sans lumière. Cette utilisation restreinte de la couleur témoigne du primat de la ligne dans son art de dessinateur, où les tons délavés ménagent toute leur importance aux détails du graphisme: c’est par la magie de son trait qu’il arrive à donner le meilleur de lui-même. La métamorphose du prince changé en arbre et développant par amour des bras à l’extrémité de ses branches pour entourer la princesse est la démonstration parfaite de l’habileté technique et de la finesse imaginative de Rackham.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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